Le mardi 11 mars 2025, les acteurs pastoraux du diocèse de Liège se sont réunis au Sanctuaire de Banneux pour leur récollection diocésaine annuelle. Un moment de prière, de réconciliation et de réflexion, ponctué par une conférence du cardinal Timothy Radcliffe sur le thème "Pourquoi le Synode fera-t-il toute la différence ?"

Plus de 200 acteurs pastoraux se sont retrouvés à Banneux pour une récollection placée sous le signe de l’espérance et de la rencontre. (c) Jean-Pierre Deleersnijder
Un enseignement... sur l'enseignement
Durant sa première intervention, Timothy Radcliffe a longuement insisté sur la question de l'enseignement, affirmant qu’il commence lorsque nous osons répondre aux questions qui brûlent dans le cœur des gens. Les meilleures d'entre elles sont d'ailleurs, selon lui, celles qui invitent à vivre et à s'interroger plus profondément. Il a également souligné que, lorsque Dieu pose une question, ce n’est pas par ignorance, mais pour provoquer une transformation intérieure. À notre niveau, cela signifie oser partager nos doutes, nos échecs, nos interrogations.
Le cardinal a aussi insisté sur l'importance de l’humilité dans la transmission. Mieux vaut une réponse maladroite mais vraie qu’un discours brillant mais creux. Comme Moïse et Jérémie, qui doutaient de leur capacité à porter la parole de Dieu, il a insisté sur le fait qu’un bon enseignant doit accepter de ne pas toujours avoir la réponse parfaite. Il peut arriver d’être à court de mots… mais c’est justement dans ces moments-là que l’Esprit vient à notre secours. En citant Marc 13.11, il a affirmé: "Cela ne signifie pas que nous ne nous préparons pas. Nous prions, nous étudions, nous lisons, nous demandons. Mais ce que nous devons dire nous sera donné à l'heure où nous verrons les visages des gens et les regarderons dans les yeux.Si c'est de l'Esprit Saint, ce sera vrai et compatissant, même si nous n'avons pas grand-chose à dire et que nous sommes incapables de bien le dire".
Pour écouter la première partie de sa conférence, retrouvez l’enregistrement dans l’émission "Perspectives" sur rcf.fr, ou en cliquant directement ci-dessous:
La clé de la réciprocité
Lors de la deuxième partie de la conférence, Timothy Radcliffe a abordé plus concrètement le synode sur la synodalité Pour lui, cet événement marque un tournant, non seulement dans la vie de l'Église, mais aussi dans le monde. Il ne s'agissait pas de prendre des décisions stratégiques pour l'avenir de l'Église, mais plutôt une invitation à la rendre "nouvellement vivante dans le Seigneur", et ce grâce à notre ouverture aux autres. Dans cet esprit, il a partagé quelques observations marquantes sur l’évolution des relations au sein du synode : "Au cours des échanges, les barrières ont commencé à s'effriter. Des amitiés sont nées. Certains regards ont changé. (...) On a aussi vu disparaître les titres ecclésiastiques pompeux : plus personne ne s’appelait ‘Éminence’… Même si, je dois l’avouer, ce titre a un certain retentissement !"
Mais derrière ces anecdotes, c’est une question essentielle qui s'est posée : comment conjuguer égalité et différence au sein de l’Église ? Cette tension traverse aussi notre société, entre celles et ceux qui privilégient la différence au détriment de l’égalité, et celles et ceux qui mettent l’égalité en avant au risque d’effacer la différence. "Pour guérir notre monde en voie de désintégration, nous devons tenir les deux ensembles. Comment sommes-nous égaux et différents?"
Mais une question fondamentale a traversé tout le synode : comment être à la fois égaux et différents ? Égaux et différents en tant qu’hommes et femmes, en tant que laïcs et clercs, en tant que cultures diverses. C'est là l’un des grands enjeux de notre époque : "Pour les soi-disant traditionalistes, la différence tend à être soulignée au détriment de l'égalité. Et pour les soi-disant progressistes, c'est l'égalité qui tend à l'emporter sur la différence. Pour guérir notre monde en voie de désintégration, nous devons tenir les deux ensemble."
Ce questionnement a pris un tournant particulier pour Timothy Radcliffe lors d’un échange avec la théologienne anglaise Anna Rowlands. Elle remettait en question l’idée que les hommes et les femmes auraient des rôles complémentaires. Face à cette interrogation, il a cherché des réponses autour de lui, sans succès. Finalement, c’est dans un article du journal du Vatican, L’Osservatore Romano, qu’il a trouvé une clé de compréhension : "Réciprocité : voilà le mot-clé." Contrairement à la complémentarité, qui suppose des rôles figés, la réciprocité est dynamique. Elle ne nous enferme pas dans des fonctions prédéterminées, mais nous permet de découvrir qui nous sommes avec et pour l’autre.
Si cette mise en bouche a attisé votre curiosité, rendez-vous sur rcf.fr pour écouter son intervention dans son intégralité, ou cliquez directement ci-dessous:
C.D.